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Ursonate

Il s'agit ici d'un extrait de l'Ursonate de Kurt Schwitters, publié en revue (revue Merz n°24, de Schwitters lui-même), reproduit fidèlement p. 194 in Merz, éditions Gérard Lebovici (Champ libre), Paris, 408 pages, 1990. Elle aura été composée entre 1922 et 1932.

L'Ursonate est composée par un ancien dadaïste, Kurt Schwitters, qui a élaboré sa propre démarche artistique sous le nom de "Merz", qui s'enrichit des influences du Bauhaus, de l'expressionnisme allemand et bien sûr du dadaïsme.

Cependant la mise en page, quoique Schwitters avait la main mise sur l'esthétique globale de sa revue, n'est pas conduite de sa main, quoiqu'il y a probablement participé. Elle est l'œuvre du typographe Jan Tschichold.

Si, dans ce poème sonore, nous retrouvons l'esthétique dada consistant à parodier une sonate académique, ou plutôt à faire une sonate avec des sons dits primitifs, la partition –elle-, n'est pas dans l'esprit dadaïste, mais davantage dans l'esprit du Bauhaus.

S'agissant d'une partition de texte chanté, Schwitters s'adresse ainsi au lecteur (pp. 189-193, Merz, éditions Gérard Lebovici) :

"Explication des signes

(…) Dans un rythme libre, les paragraphes et la ponctuation sont utilisés comme dans la langue, pour un rythme rigoureux, les barres de mesure ou les indications de mesure apparaissent par la division proportionnée en sections spatiales égales de l'espace typographique, mais pas de ponctuation. Donc ,.;!?: ne sont lus que pour la tonalité.

Naturellement, l'utilisation courante des lettres de l'ancien alphabet romain ne peut donner qu'une indication très incomplète de la Sonate parlée. Comme pour toute partition, de nombreuses interprétations en sont possibles."

La mise en page d'une partition pour texte oral est problématique, plusieurs artistes s'y sont essayés en cherchant à créer une nouvelle partition, comme Barzun, Tzara ou Heidseick. La méthode que respecte (et a crée Tschichold) s'avère très fonctionnelle et innovante.

Cherchant à créer une partition claire, il s'inspire des travaux du Bauhaus, l'utilisation systématique des tirets et filets ainsi que de la police Futura le prouvant.

Au niveau des filets, Tschichold se sert d'un contraste entre filets fins et épais, le filet épais isolant les indications relatives à la mesure des temps et se répétant à chaque page, et des filets fins, moins violents, servant à indiquer le passage d'un mouvement à un autre. Un troisième type de filet, encore plus léger, est constitué de successions de petits points, indiquant les changements de temps.

Mais surtout, il se sert d'une opposition entre deux types de polices (à empattements et bâtons), le premier destiné au texte à déclamé, et la seconde, en l'occurrence la police Futura, nouvellement destinée par le Bauhaus, représentant une police épurée et fonctionnelle, servant pour toutes les sortes d'indications.

Pour la traduction écrite (en partition) de l'Ursonate, Tschichold opère un travail innovant s'inspirant des récents travaux du Bauhaus sur la fonctionnalité.

C'est ce caractère fonctionnel que cherchera à retranscrire par écrit le poète-sonore Heidsieck dans ses "poèmes-partitions", la mise en page s'adaptant et se différenciant par rapport aux intervenants et à la tonalité à donner au texte.

Ainsi, des artistes comme Tschichold ou Heidsieck privilégient le déchiffrage du texte : le texte doit pouvoir être lu avec facilité.

Dernière mise à jour : 5 novembre 2004.