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Dada 4/5 p. 33 |
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Il s'agit d'une page de la revue Dada 4/5 (la page 33) publiée le 15 mai 1919 à Zurich. Nous reproduisons cette page car selon nous elle est représentative d'une nouvelle tournure et considération esthétique des pages et des genres. Alors que la révolution typographique avait éclaté dans Dada 3, elle s'amplifiera dans Dada 4/5 où Tzara (et Picabia, qui s'est également intéressé à la publication du numéro) ne se préoccupent plus seulement de faire éclater la typographie mais aussi de reconsidérer (de déconsidérer) les genres. Ainsi, cette page se compose de neuf blocs typographiques, blocs qui comprennent tous un texte (ou une image) appartenant à un genre différent. Un dpoint apparaît d'emblée : un poème est présent, mais ce poème est l'un des neufs blocs typographiques qui occupe le moins de place. Le bloc typographique le plus mis en valeur est étrangement une publicité : "Lisez le Manifeste Dada 1918". Certes, cet espace octroyé à la publicité peut s'expliquer par l'importance accordée par les Dadas (dont Tzara) à ce manifeste en particulier, qui marquera en profondeur les esprits des Dadas, mais on reconnaît vite que le poème n'est pas traité de façon secondaire par rapport simplement à cette publicité d'importance : il est en réalité relégué dans un coin de la page, en petits caractères, et avec un titre qui n'est pas non plus trop différencié du texte du poème. Cette mise à l'écart est encore accentuée par la mise en valeur d'autres blocs typographiques, par des filets de taille importante ou par des cadres, or ces autres blocs typographiques mis en évidence sont encore des publicités. Nous comptons donc dans cette seule page six publicités, une fausse information qui prend des allures finalement de publicité mensongère, un bois gravé, et enfin un poème. Si les frontières s'abolissent et si les différents genres se rapprochent en oubliant leur valeur littéraire, une fusion ne manquera pas de se produire entre ces genres. Cette page est donc symboliquement un tournant dans l'esthétique typographique de la revue Dada : après avoir déconsidéré typographiquement le genre poétique par rapport aux autres, les dadas pourront pousser la "contamination" dans le texte lui même. Ainsi, c'est le procédé typographique qui a guidé cette prise de conscience esthétique : en déconsidérant l'espace occupé dans la page du poème, on pourra faire descendre la Poésie de son piédestal et y intégrer, comme l'avait déjà fait Apollinaire, les éléments de la vie quotidienne (considérés alors comme non-poétiques). Dernière mise à jour : 5 novembre 2004. |