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Italique et romain |
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Les diverses éditions de la Bible en vente dans ma librairie de campagne sont rangés au rayon "Terroir". Ce qui change tout. Et me fournit le prétexte pour revenir sur un fait vrai petit, mais inépuisable, concernant le Nouveau Testament. Racontez-le-nous encore, grand'père ! Puisque vous insistez? Voici une trentaine d'années, dans une librairie, celle-là parisienne,, j'avais en main une édition des Évangiles, dûment munie, le détail n'est pas sans importance, du nihil obstat. Dans cet agréable volume, souplement relié, on pouvait voir imprimés en romain les passages considérés comme article de foi, à prendre, c'est le cas de le dire, au pied de la lettre. Et en italique le reste, soit des phrases (considérées pendant les siècles précédents comme non moins discutables, bien entendu) que les théologiens vétilleux, les contestataires réformés, bref les esprits forts et mécréants de tout poil, n'étaient plus vraiment tenus de croire mot pour mot. Des guerres, des bûchers, des prisons étaient effacés d'un coup. Cette fois, le Vatican avait sérieusement lâché du mou. Une hypothèse d'exégète, d'avant-garde mais non frappée d'excommunication majeure, admet que les Apôtres ont pu être sujets à des hallucinations collectives : ils croyaient voir Jésus parmi eux ; y était-il vraiment ? Quoi de plus fragile, se sont avisés les spécialistes, que des témoignages, collectés et notés longtemps après, transmis par des traditions, sujettes à caution ? L'homme, disait Pascal avec son accent auvergnat, est un roseau penchant ; après mûres réflexions, mieux vaut admettre toutes les conséquences de sa fragilité. Les cheveux ayant été coupés plusieurs fois en quatre, et tout bien considéré, on arrivait à quelque chose comme : "Jésus, entouré de ses disciples, dit : « Parions que je traverse jusqu'à l'autre côté du lac, en marchant sur les eaux ? Mon père m'a promis que j'y arriversai et qu'ensuite je pourrai aller voir la femme adultère pour me reposer. Vous, qui ne croyez à rien, faites le tour ; on se retrouve à Tibériade. »" Le reste à l'avenant. Ne faudrait-il pas être d'un anticléricalisme comme on n'en fait plus pour chercher la moindre chicane à cette rédaction en romain : "Jésus dit : « Je traverse jusqu'à l'autre côté, en marchant. Mon père m'a promis qu'ensuite je pourrai aller me reposer. On se retrouve à Tibériade. »" Rien à redire ! Même qu'avec mon côté intégriste, messe en araméen et tout, je n'ose pas imaginer ce que doit être, après trente ans de progressisme, le texte actuel : tout est sans doute en italique, on peut ne plus croire à rien et rester dans la ligne. J'ai cité de mémoire car, illuminé tel Paul de Tarse mais a contrario, ce livre, je n'en ai pas fait l'acquisition. Comment (diable) le retrouver ? Il a dû partir comme la démultiplication des petits pains ! Seule ressource : la bibliothèque Vaticane, dont il constitue forcément l'un des joyaux. Mais non, suis-je bête ! Il me reste quelques amis jésuites. Fort étonnant serait-il qu'ils aient donné, pardon : déposé, leur exemplaire à la Bibliothèque municipale de Lyon. On en reparle : il faut connaître cette évolution théologique si typographique. À quoi tiennent les choses guerres, bûchers, prisons, il suffisait de passer en ital. Pareille initiative devrait être étendue non seulement aux textes religieux, mais apparentés. Ainsi, de mon temps, quand on disait du Monde, "notre grand quotidien catholique du soir", on avait l'air de lancer un paradoxe, et l'avenir allait démentir, puisqu'il s'agit, aujourd'hui, d'un journal du matin. Mais en fusionnant avec La Vie catholique à l'été 2003, qui a parlé de "valeurs chrétiennes et humanistes fortes", communes aux deux groupes ? Il serait donc convenable que, désormais, ses rédacteurs impriment en romain ce qui concerne les faits réels, et en italique leurs commentaires, puisque ces derniers relèvent, de l'avis même de la direction, d'un point de vue non objectif mais orienté, partisan. Que, si l'on veut laisser place aux autres cultes, resteraient les caractères gras. Bernard Chardère pp. 12-13 in ça presse , journal trimestriel de l'U.R.D.L.A., n°22 (septembre 2004), Villeurbanne. ps : Bernard Chardère, fondateur à Lyon de la revue de cinéma Positif, de la Société de de production Les Films du Galion, des éditions Premier Plan, du ciné-club Cinéma en France et enfin de l'Institut Lumière, a été secrétaire général du Théâtre de la Cité, responsable culturel du mensuel L'Express Rhône-Alpes et délégué général de la Fondation Nationale de la Photographie. Reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur.
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