FICHES MÉTHODOLOGIQUES

LE COMMENTAIRE DE DOCUMENTS EN HISTOIRE
L’ANALYSE DES DOCUMENTS ICONOGRAPHIQUES

LE COMMENTAIRE DE DOCUMENTS EN HISTOIRE

1. La présentation
On cherche à dégager les éléments les plus visibles de l’analyse de contextualité. On entend par « contextualité » ce qui n’appartient pas explicitement au document : sa nature, son auteur, sa date, les circonstances de sa composition, son contexte historique, etc.
1.1. Phrase d’entrée en matière

« Le texte proposé a été écrit en telle année par untel qui était alors ceci ou cela. Il nous est parvenu de telle ou telle façon. Il porte sur tel ou tel sujet, ou événement (en quelques mots). »
1.2. Élément de contextualité du document
1.2.1. Le titre
Bien distinguer s’il s’agit d’un titre choisi par le concepteur du document ou d’un titre donné a posteriori. Éviter de se laisser emprisonner dans sa problématique implicite.
1.2.2. La nature
Identifier la nature d’un document a pour but de préciser la portée et les limites des indices historiques dont le document est porteur.
Un article de journal, un discours ont pour fonction de convaincre, les dispositions d’un code d’enjoindre ou d’interdire, ou encore de guider l’action et les décisions des magistrats ; un contrat fixe les droits et les devoirs des parties contractantes quant à un objet précis…
1.2.3. L’auteur et le destinataire
Ils peuvent être individualisés (individuel/collectif) ou anonymes. Leur identification, le cas échéant, a pour seule fonction d’éclairer la portée du témoignage ou la signification des « indices » historiques.
1.2.4. La date, le lieu et le contexte
La présentation du contexte renvoie aux circonstances qui ont donné naissance au document et exige une situation du document dans le temps et parfois dans l’espace.
La date : ne pas confondre la date de rédaction et la date de publication ou d’édition d’un texte.
Le lieu : il s’agit du lieu de rédaction du texte.
Le contexte : il faut éclairer le contexte « idéologique », culturel, socio-économique…, mais également les conditions de la rédaction d’un texte.
1.2.5. L’analyse du contenu
Son seul objet est d’indiquer en peu de phrases le contenu explicite du texte. Elle n’est nécessaire que lorsque le document est confus ou si l’on a affaire à un dossier de plusieurs documents. Sinon elle est facultative.
1.2.6. Définition d’une problématique
Elle se centrera sur les questions soulevées par les idées directrices du document.

2. Le développement
2.1 Approche préalable du document textuel
Avant toute chose, une lecture du document textuel aura permis d’une part d’éclaircir certains aspects de ce dernier, d’autre part de prendre en compte son écriture et son expression.
2.1.1 L’élucidation
Souligner les termes techniques d’une époque, les noms d’institutions, les noms propres, les mots espagnols dont le sens a pu changer depuis la rédaction du document, les mots étrangers dans le texte…
Analyser aussi les noms communs ou des groupes de mots ou des expressions qui appartiennent au langage courant, mais qui, dans leur contexte, sont porteurs d’une signification historique.
2.1.2 L’expression du texte
La question du ton est particulièrement importante car dans beaucoup de textes historiques, en particulier les discours, les proclamations, les notes diplomatiques, la rhétorique compte autant que le contenu.
Prendre appui sur les notions apprises pour l’explication littéraire : les figures de style, les procédés rhétoriques, les changements de registre de langue, les relations entre le signifiant et le signifié, la récurrence de certains mots ou expressions.
3.1 Le commentaire composé
Après avoir dégagé la problématique, le commentaire composé devra être fondé sur le regroupement thématique de multiples observations que la lecture du texte aura inspirées et que le travail de lecture du document textuel aura fait apparaître.

L’explication linéaire est à proscrire sauf dans le cas d’un document particulièrement bien construit qui fait déjà apparaître une « composition » organisée.
Le plan thématique sera nécessairement choisi en cas de dossier à documents multiples.
3. La conclusion
Elle n’a pas pour seule fonction de ramasser en quelques lignes les apports essentiels du document, elle doit fournir une manière de réponse à la problématique formulée en introduction. Elle doit également situer les apports du document dans le cadre général de l’historiographie du sujet pour dire en quoi il a pu conforter ou au contraire infirmer telle ou telle vision historiographique.
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Ce document a été élaboré à partir des ouvrages suivants :
Delsalle Paul, Lexique des archives et documents historiques, Paris, Nathan, 1996, (Collection 128, nº 118), 128 p.
Milliot Vincent/Wieviorka Olivier, Méthode pour le commentaire et la dissertation historiques, Paris, Nathan, 1994, (Collection 128, nº 68), 128 p.
Saly Pierre, Le Commentaire de documents en histoire, Paris, Armand Colin, 1995, 192 p.
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L’ANALYSE DES DOCUMENTS ICONOGRAPHIQUES
Cette fiche prend en compte, sous ses différents aspects l’iconique de l’image fixe : la peinture, la gravure, la photographie, la bande dessinée, le graphisme…
I. L’oeuvre et sa périphérie
A. Le contexte
On fait apparaître les éléments contextuels qui ont présidé à l’élaboration de l’oeuvre :
— le contexte historique éclaire les conditions de production de l’oeuvre ;
— le contexte artistique inscrit l’oeuvre dans une esthétique, dans un courant créatif, dans un genre ;
— le contexte spatial offre à l’oeuvre les supports (mur, toile, journal…) sur lesquels elle s’inscrit.
B. La genèse de l’oeuvre
Il s’agit de préciser de quelle manière l’oeuvre s’inscrit dans la production de l’artiste, quel est le moment qu’elle occupe dans une évolution. En outre, il importe de montrer comment l’artiste passe par différentes étapes avant de parvenir à l’oeuvre « définitive ».
II. L’identification de l’oeuvre
A. Le linguistique
Le titre de l’oeuvre, lorsqu’il existe, peut faire apparaître un axe de lecture privilégié (fonction d’ancrage) ou contribuer à son identification (fonction relais). La signature de l’artiste et les indications d’ordre spatio-temporel participent également à cette identification.
— La publicité/Le dessin ou la bande dessinée: les éléments linguistiques sont variés et doivent être analysés pour eux-mêmes et dans le rapport qu’ils établissent avec l’image (accroche, texte, signature, slogan, titre, légende, bulle, onomatopées …)
B. La matérialité
L’artiste est initialement conduit à choisir entre plusieurs paramètres qui déterminent la nature de l’oeuvre. La matérialité physique de l’objet artistique prend en compte :
1. Le support
— La peinture : rigides (pierre, bois, verre…), semi-rigide (cartons entoilés…), souples (papier, toile, carton…)
— La photographie : négatif (rapide, lent…), positif (verre, papier, tissu…)
— Le dessin ou la bande dessinée : papier, planche de bois (gravure sur bois ou taille d’épargne), plaque de métal (taille-douce ou gravure sur cuivre, eau-forte), pierre de calcaire grainée (lithographie)
2. Le cadre et le format
Toute image a des limites physiques qui sont, selon les époques et les styles, plus ou moins matérialisées par un cadre qui constitue une contrainte pour l’artiste. Le cadre est la limite de la représentation visuelle. Le format peut-être éminemment variable (peinture murale, enluminure, poster, affiche, timbre…)
— La peinture : le rectangle, le tondo (rond), le carré, le tableau cintré… ; la dimension (grands formats, miniatures…)
— La photographie : presse quotidienne, revue de modes, photomontage, photo-roman, panneau publicitaire, affiche…
— Le dessin ou la bande dessinée : vignette, bande, planche, dessin humoristique…
3. L’outil et le matériau
L’artiste dispose d’une série d’outils et de matières qu’il agence à sa guise : détrempe, tempera, gouache, aquarelle, lavis, pastel, huile, acrylique, fresque, collage, pochoir, crayon, plume…
III. L’analyse de l’oeuvre
A. L’analyse élémentaire
1. La limite
La limite d’un objet peut être donnée par la ligne qui le cerne ou par sa masse elle-même. Elle crée soit des figures (infinies et non identifiables à un modèle mémorisé), soit des formes (identifiables comme le cercle, le triangle…)
2. Le chromatisme
La couleur peut être primaire (bleu, jaune et rouge) ou secondaire (combinaison de deux primaires : vert, violet, orangé). La quantité de blanc dans la couleur détermine sa tonalité, en son absence, la couleur est saturée. Le noir et blanc annule le chromatisme. La valeur est le taux de clarté du plus clair au plus sombre.
B. La construction spatiale
1. La composition
La composition met en évidence des points forts et des lignes de forces. Elle peut être de nature symétrique ou asymétrique (répétition ou non de figures semblables de part et d’autre d’un axe), statique (lignes parallèles à la bordure du cadre) ou dynamique (lignes de force sur les diagonales). La composition peut être de type triangulaire, pyramidal, circulaire, diagonal…
2. Le modelé et la perspective
Le modelé et la perspective peuvent donner l’illusion d’un volume et d’une troisième dimension. Le modelé utilise la lumière (clair à l’avant-plan, sombre à l’arrière-plan) et les couleurs (luminosité). La perspective symbolique (Moyen Âge), la perspective cavalière (gothique international), la perspectiva artificialis (Renaissance), la perspective aérienne, la profondeur de champ (photographie)…
C. Le point de vue
1. L’échelle des plans
L’échelle des plans correspond à la grandeur des êtres animés, objets ou éléments de décor représentés dans l’image par rapport à la taille de celle-ci. Elle ne dépend pas de l’agrandissement de l’image, mais traduit un rapport de proportion entre le sujet et le cadre.
2. L’angle de vue
L’angle de vue est le rapport entre l’oeil et le sujet regardé. Un personnage ou un objet peuvent être perçus de face, de dos, de profil ou de trois quarts. La vision s’effectue soit au même niveau que le sujet, soit de haut en bas ou de bas en haut.
3. Le champ et le hors-champ
Le champ est la surface de vision que l’artiste choisit dans les limites du cadre. Le hors-champ est l’espace imaginaire et invisible qui se trouve autour ou en avant du champ. Il peut être plus ou moins activé par l’amorce ou par le regard.
D. Le sujet de l’oeuvre
L’iconicité est le rapport de ressemblance qui s’établit entre une oeuvre et son référent. Elle peut être forte (photographie) ou inexistante (peinture abstraite) et conduire à une analyse de l’oeuvre en relation avec son référent (identification des personnages, des objets, des significations, des symboles…)
— La publicité : le sujet de l’oeuvre est tout particulièrement conçu dans sa relation avec le destinataire potentiel dont il faudra analyser les caractéristiques essentielles (âge, classe sociale, groupe ethnique, sexe…)
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